Dimanche 30 décembre 2007
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Sous-titre : des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach... le destin d'une femme d'exception
 

Pékin, 1969 : Zhu Xiao-Mei est un " être de mauvaise origine ". Autrement dit, avant la révolution maoïste, ses parents étaient des bourgeois cultivés. Une tare d'autant plus lourde à porter pour la jeune Xiao-Mei qu'elle a un don précoce pour le piano et une passion pour la musique décadente - Schumann, Mozart, Bach. Elle est donc envoyée en camp de rééducation : il faut éradiquer en elle tout désir autre que celui de mourir pour Mao. Les années passent... Xiao-Mei est devenue une bonne révolutionnaire. Mais, un jour, elle trouve dans le camp un vieil accordéon. Elle caresse les touches, se risque à jouer un accord, quelques notes de musique s'élèvent... De Pékin à Paris, de Hong-Kong à Los Angeles... le témoignage déchirant d'une femme broyée par la Révolution culturelle chinoise et sauvée par la musique.



J’avais déjà lu des témoignages relatifs aux régimes communistes, sujet qui m’intéresse beaucoup et pourtant, celui-ci a encore apporté un éclairage différent. En effet, quand la révolution culturelle est enclenchée, la narratrice est encore une jeune adolescente. Ainsi, elle est à une charnière de sa vie et encore hautement influençable. Elle veut bien faire et se laissera facilement endoctrinée. Ce récit est particulièrement touchant dans le sens où non seulement on assiste à l’embrigadement d’une enfant mais aussi parce que l’auteur est déchirée entre celle qu’elle fut et le regard sans pitié qu’elle jette aujourd’hui sur ses actes au vu de la manipulation dont elle fut une des nombreuses victimes. Certains passages sont vraiment déchirants.

 

En parallèle, il y a sa passion pour la musique, hautement répréhensible car « bourgeoise ». Elle en parle fort bien et pour moi qui partage cet intérêt et cet instrument qu’est le piano, c’était un vrai bonheur de la suivre dans son apprentissage. J’ai longtemps été étonnée de son approche de la musique et de sa très lente ouverture à l’intuition. Ayant toujours abordé la musique sous cet aspect, j’avais du mal à croire que cela pouvait demander des années de remise en question pour découvrir cette façon de jouer ! Et pourtant, je me souviens avoir lu des propos d’autres interprètes qui appréhendaient également la musique de façon purement intellectuelle, ce que je ne me peux m’empêcher de trouver choquant pour des artistes. Ce n’est donc pas uniquement une question culturelle ou historique. J’ai beaucoup aimé l’arrivée en France de l’auteur qui se rend compte qu’elle a enfin trouvé un peuple s’intéressant sincèrement à la musique.

 

Son parcours est difficile car sortir des camps est une chose, y survivre en est une autre. Non seulement sa carrière aura mis un temps considérable avant de commencer mais surtout elle a gardé de cette entreprise de démolition un manque de confiance maladif.

 

Son cheminement dans son art est intéressant. Elle apprendra beaucoup de Lao-Tseu, elle qui découvrira la philosophie chinoise en occident.

 

En définitive (et pour faire court car je peux me révéler intarissable sur cet ouvrage), je ne peux que vous conseiller cette lecture, chemin de vie écrit avec beaucoup d'humilité qui apporte beaucoup au lecteur même s’il ne s’intéresse ni aux camps maoïstes, ni à la musique.

 

 

 

Robert Laffont / 340 pages

 

 

 

NB : j’ai fait exprès de mettre en capitales le nom de famille de l’auteur étant donné le mic-mac des noms asiatiques différemment présentés selon les éditeurs.

publié dans : Récits, (auto)biographies par Flo
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