Après des siècles de léthargie – et même presque d’oubli –, les vieux chemins de Compostelle se sont réveillés. Depuis une bonne décennie, ils répondent à un
engouement qui ne se tarit pas et va en s’amplifiant au fil des ans. Pourquoi ? Nul ne le sait vraiment. Besoin d’espace et de vie plus vraie, sans doute. Le motif du départ répond le plus
souvent à un défi sportif, à un désir hédoniste ou à une soif culturelle. En chemin, le voyage se transforme en échange avec les autres, en introspection de soi-même, en quête
spirituelle.
Voilà le genre d'ouvrage qui m'attire par son côté « beau livre » mais que je n'achète qu'exceptionnellement par manque d'imagination. J'étais donc très
heureuse de recevoir ce livre via Masse critique et cela m'a donné envie d'innover dans mes achats de livres.
Ce livre est une petite perle ! On peut commencer par simplement le feuilleter et admirer les somptueuses photos. Les paysages sont très divers mais toujours bien
choisis. On alterne vues naturelles et monuments, sentiers désertiques et campagnes verdoyantes, vues d'ensemble et détails marquants, de la Bretagne à l'Espagne en passant par le Massif
Central.
Puis on lit les têtes de chapitres : histoire, religion et spiritualité, et, le principal : les chemins. On entre doucement dans l'ambiance.
On remarque au passage le soin apporté aux moindres détails : papier de qualité, présentation soignée, lettre enluminée en début de chapitre, cartes, surempressions,
etc.
La route commence dès l'introduction qui résume fort bien le propos du livre, à mi-chemin entre le guide touristique et le récit personnel, une « invitation au
dépaysement ».
J'ai grandi et je vis à nouveau dans une région où serpentent le chemin du Puy et la Via Tolosana. Depuis toujours, je côtoie des lieux jacquaires mais jusqu'à ce jour
ma curiosité à l'égard de l'histoire de ce pélerinage était restée très superficielle. Je connais Conques, Moissac, Figeac, Cahors, Espalion, Toulouse, etc. Je sais que des gens s'arrêtent dans
ces lieux en raison de leur rapport à Compostelle mais je suis restée une éternelle touriste (et je déteste la marche, il faut bien le dire !).
Et bien, j'ai été conquise dès les premières pages. J'étais prête à partir à la première occasion dès la fin des introductions... Jusqu'à ce que l'auteur évoque les
douleurs et les ampoules que j'étais prête à oublier.
Voilà un livre qui m'a fait réfléchir sur ce pélerinage que je n'ai jamais envisagé de faire. Jean-Yves Grégoire évoque combien on peut commencer un des circuits vers
St-Jacques comme un touriste sportif pour finir par se laisser prendre par « autre chose ». Cheminer seul, loin du monde frénétique dans lequel nous vivons et dans des paysages que l'on
oublie de regarder des vitres de nos voitures nous oblige à nous confronter à nous-mêmes, à revenir à des questions que l'on occulte au quotidien. J'ai aimé ces souvenirs de rencontres entre
pélerins qui se retrouvent avec des habits quasi-identiques alors que hors St Jacques certains n'auraient jamais eu l'occasion de se croiser et encore moins de discuter.
Certaines photos m'ont émues : un bâtiment pour sa beauté simple, un paysage pour sa sérénité, un chemin bordé de platanes près du Canal du Midi parce que c'est mon
coeur, ma chair, mon quotidien, une lumière qui tombe sur la pierre, un lierre accroché à un pilier, un arc de triomphe romain dans un champ fleuri, ...
Jean-Yves Grégoire raconte magnifiquement bien. Son écriture est belle et agréable. Il sait de quoi il parle et ne se contente pas de jouer au guide. Il a des
souvenirs sur tous ces chemins.
Enfin, ce livre m'a donné envie de me plonger dans des romans historiques (ce que je n'aime pas trop) tant ces routes entremêlent les vestiges de nombreuses
époques.
Ce texte n'est pas une critique bien ordonnée mais il est à l'image des battements de mon coeur au fil de ma lecture. Voilà un livre qui va trouver une place d'honneur
dans ma bibliothèque et j'ai déjà repéré du même auteur, chez le même éditeur : Le Canal du Midi et le canal latéral à la Garonne à pied, à vélo (je vous ai dit que je suis réfractaire au vélo
?...).
Rando éditions / 255 pages
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